L’austérité au Portugal: de la dictature de Salazar au diktat de la Troika

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Même s’il  a été l’un des pays les plus touchés par la crise de la zone euro, le Portugal n’a pas fait beaucoup de vagues malgré une situation économique catastrophique. Au contraire, le gouvernement de Pedro Passos Coelho arrivé au pouvoir en 2011 a été un bon élève de la Troika, et a diligemment mis en œuvre les mesures d’austérité que celle-ci a imposées malgré les conséquences dramatiques sur la consommation. Malgré un taux de chômage à 18% (42% chez les jeunes), le troisième plus élevé de l’UE, et un PIB qui a décru à son niveau de 2001, le pays n’a pas subi l’effondrement des partis traditionnels et l’émergence de l’extrême droite comme en Grèce, ni l’instabilité politique que l’on a pu voir en Italie. Comparées aux scènes de guerre diffusées depuis Athènes, les manifestations anti-austérité qui ont eu lieu a Lisbonne ont semblé bien paisibles. Cette apparente résignation peut s’expliquer en partie par l’importance du canal traditionnel de résolution des tensions sociales : l’émigration.

Contrairement à la Grèce, à l’Espagne ou à l’Irlande, le Portugal n’a pas connu de bulle immobilière depuis son entrée dans l’euro. Alors que ces pays ont connu une période faste soutenue par des taux d’intérêt bas alignés sur l’Allemagne, le Portugal, comme l’Italie, a traversé une décennie perdue marqué par la stagnation économique, la détérioration des finances publiques et l’endettement privé. Avec l’euro a un niveau surévalué, ses exportations ont perdu en compétitivité et sa balance commerciale s’est déséquilibrée, surtout face aux nouveaux pays de l’UE à la main d’œuvre moins chère et souvent mieux qualifiée.  Dans ce contexte, l’austérité a commencé bien avant la crise de l’euro. Le gouvernement socialiste de José Socrates arrivé au pouvoir en 2005 avait déjà entamé un bon nombre de réformes impopulaires pour réduire les déficits publics.  Après 2009, les taux d’intérêts sur la dette ont pris l’ascenseur, et les socialistes, cette fois à la tête d’un gouvernement de minorité, ont négocié une série de paquets d’économies avec l’opposition de droite. Ces mesures incluaient un gel des salaires de la fonction publique et des prestations sociales, combinées avec des hausse d’impôts considérables.

En avril 2011, après que l’opposition a refusé de soutenir le quatrième paquet d’économie, Socrates a démissionné et demandé en catastrophe l’assistance financière de la BCE, de l’UE et du FMI, devenant ainsi le troisième pays a être secouru par la Troika. Durant la campagne électorale qui a suivi, le chef de l’opposition Pedro Passos Coelho avait promise d’aller « plus loin que la Troika » dans la réduction des déficits publics. Après son élection, la droite a en effet poursuivi et poussé encore plus loin la politique d’austérité des socialistes sous les auspices de la Troika. Les 13e et 14e salaires de la fonction publique ont été suspendus, et le budget 2013 prévoyait les augmentations d’impôt les plus importantes depuis la fin de la dictature. La plupart des entreprises publiques ont été ou sont sur le point d’être vendues : la compagnie d’électricité EDP a passé sous contrôle chinois, la compagnie aérienne TAP est à la recherche d’un repreneur, et le gouvernement souhaite également privatiser la télévision publique RTP. Ces réformes, destinées avant tout à impressionner la Troika, ont été un échec quant à la réduction de la dette et au retour de la croissance. Les prévisions ont été maintes fois revues à la baisse en raison des effets multiplicateurs des coupes budgétaires. Même si l’opposition socialiste a récemment adopté une posture plus combative, elle est consciente qu’elle même a adopté les mêmes politiques auparavant, et n’a pas de menace crédible sur sa gauche. Le vieux Parti Communiste et le Bloc de Gauche ont été incapables de tirer profit de la crise. Contrairement à la Grèce et à l’Italie, les Portugais semblent préférer voter avec leurs pieds plutôt que dans les urnes. Depuis 1998, 1 million de personnes sont parties pour fuir la stagnation économique, notamment vers la Suisse, et cette tendance s’est fortement accélérée au cours des trois dernières années. En 2011, plus de 100’000 portugais ont émigré, un niveau similaire aux grandes vagues des années 1960, lorsque la dictature de Salazar tolérait l’émigration pour réduire les tensions sociales. Entre Salazar et la Troika, beaucoup de Portugais qui ont manifesté récemment en brandissant les symboles de la révolution des œillets pensent que peu a changé.

Publié dans Pages de Gauche, Juin 2013.

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